Blessure, rupture, departure

J’ai subi une blessure sérieuse en jouant à mon sport favori il y a trois semaines. C’est une entorse qui requiert plusieurs mois de rééducation, beaucoup de patience et une stricte remise en cause des mouvements quotidiens. Mais cette blessure est salvatrice, à plus d’un titre.

La douleur vive et soudaine, ma jambe qui s’échappe, la chute accompagnée d’un cri, tout était surnaturel. Bien que j’en veuille encore aux trous qui constellent la terre battue du club de tennis, je m’interroge sur cet « accident » bizarre, qui est survenu alors que ma condition physique est très bonne et que je suis prudent dans mon engagement.

Depuis plusieurs années déjà, je suis en rupture avec la société qui m’entoure, m’étouffe. Je ne lui reconnais plus de qualité intrinsèque. Mes contemporains me semblent très proches des animaux. Mais cette rupture est totale, globale, elle concerne tous les aspects de ce qui compose une société humaine. Politique, économique, sociale ou « culturelle », quel que soit la trajectoire, elle va dans le mur.

Dans ce simulacre de société libre, parfaitement prophétisé par Orwell, il est impossible de se rebeller sans provoquer sa propre mort sociale. C’est la punition envers le mal-pensant. Comme j’ai une famille, cette stratégie a rapidement été écartée. Je lui ai préféré un silence prudent, observant malgré tout l’inéluctable : toutes mes craintes sont désormais devenues réalité.

Départs...
« Departures », by Ehpien

Je crois aux anges gardiens. Et le mien m’a envoyé un message violent, m’a poussé au fond du court n°3 comme un fétu de paille. Il m’a exhorté à l’écouter, à transférer mon énergie vers le projet tant repoussé, l’aventure si essentielle du départ. Car le continent européen me paraît bien mal préparé à tout ce qui vient. Il n’a plus de chevilles. Ou alors elles sont de laine. Lui aussi risque l’accident.

Ayant accumulé quelques semaines de retard dans mon travail à cause de cette blessure, je prends soudain conscience que j’ai laissé à l’abandon les préparatifs du grand projet familial. J’ai investi tellement ces derniers temps, avec si peu de retour, que mes priorités doivent s’imposer d’elles-mêmes. Rénato et la Noosphère, par exemple, n’a provoqué chez ceux qui ont bien connu René Le Verge presque aucune réaction (un grand merci aux rares qui m’ont envoyé un message). Je n’en attendais pas beaucoup, mais je pensais que ce texte reveillerait les amitiés passées. Les gens ne savent plus faire que des « like » sur leur smartphone. Le film Idiocraty est déjà en cours de concrétisation.

Le temps est venu de laisser les zombies avec les zombies. De rejoindre les horizons primordiaux où la simplicité rime avec la joie. Le temps est venu de soigner les blessures, d’assumer les ruptures et de se projeter vers l’avenir. Le grand departure a commencé.

PS: Je vais continuer d’écrire. Cela va sans dire.